Si vous avez aimé Fauve#, vous allez adorer MAGENTA, très très gros coup de cœur me concernant.

Normal, ce sont les mêmes gars.

Ouahh, Fauve# (c’était si bien) a constitué une sorte de déflagration dans la scène française entre 2010 et 2015, avec un bel album « Vieux frères » décliné en 2 temps, ayant bénéficié d’un beau succès générationnel. Mélange habile et efficace de rap, de slam, d’électro, de poésie textuelle, d’arrangements symphoniques, le groupe a cultivé l’anonymat et privilégié l’œuvre plutôt que les tronches, la scène plutôt que les magazines, l’esprit plutôt que le paraître, avant, acte noble et dénué d’intérêt mercantile, de s’auto-détruire. Voici ma chanson préférée, oserais-je dire parfaite, ouhlala, en tout cas difficilement égalable, forme de pureté poétique et musicale idéale, à l’écoute de laquelle les plus belles images d’ordre et de beauté, de luxe, de calme et de volupté surgissent, se télescopent et (me) terrassent !

« Les hautes lumières » (2015) 

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Le groupe s’est réinventé en 2019/2020, en changeant de nom et aussi de style, notamment en s’engageant davantage dans les arrangements électro (Daft Punk semble être leur étoile du nord / baromètre) et en osant une interprétation beaucoup plus vocale (on était dans les paroles essentiellement parlées et slamées, on entre vraiment dans le chant). Les textes révèlent des angoisses, interrogent le sens à donner à son existence, susurrent l’inquiétude du contexte local, national et mondial, partagée entre profiter de la vie et douter profondément de l’avenir. Les névroses de la période pleine de Covid entrent en écho à ces préoccupations.  

Voici deux singles de leur album et je les trouve vraiment passionnants, d’écoute en écoute – ils tournent à fond sur ma playlist, se bonifiant au fil des passages.

« Boum Bap » (2020) / Chanson des trentenaires contemporains, ambivalente, emplie de l’inquiétude du temps qui passe (« Qu’est-ce qu’il faut que je fasse de ma vie ? ») et de l’envie d’en profiter, entre le plaisir du présent qu’il faut dévorer et l’angoisse de l’écoulement temporel qui nous grignote (« Les années passent, je ne suis plus si jeune, peut-être pas vieux mais dépassé »), entre auto-dévalorisation et désir. Quelle orientation doit prendre ma vie ? Dois-je me conformer à un modèle standardisé (investir, « trouver quelqu’un ») ? Avec ce refrain lancinant « Moi j’ai jamais su que jacter sur les boum-bap » : le « boum pab » (boom, c’est le son du pied sur le premier temps de batterie, bap, la caisse claire qui lui répond) représente une sorte de tempo standard qui intègre une rythmique associant boucle de batterie, rap et R and B. C’est une très belle chanson que je trouve à la fois dynamiquement joyeuse (quel rythme techno entêtant !) mais aussi vraiment angoissante :

« Boum Bap » (2020)

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« Assez ? » (2019) / Appréciez le point d’interrogation (« Est-ce que c’est assez ou suffisant ? Est-ce que c’est assez puissant pour te retenir avec moi ici-bas ? »). Chanson sur le désir, sur le dur désir de durer, sur le moyen de ne pas rompre ce désir (« te maintenir intact.e »), où les ponctuations électro entrent en écho avec les magnifiques onomatopées lancinantes « assez » / « intacte.e », dites sur un ton vocal très haut, presque saturé de désespoir. Et où les interrogations angoissantes abordent les pensées très sombres. Avec à nouveau cette magnifique ligne mélodique électro récurrente et en boucle, obsédante. Et, à 3 mn, un beau passage textuel poétique de 20 secondes…

« Assez ? » (2019)

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Ces deux chansons me marquent réellement (en gros, j’adore) et j’ai pris une réelle grosse claque en les écoutant !

 

Bonne semaine à toutes et à tous.