Rebeka Warrior (de son vrai nom Julia Lanoë) est une figure majeure de la scène « alternative » actuelle et une artiste qui s’implique dans des domaines esthétiques très variés. Originaire de Saint-Nazaire (comme Zaho de Sagazan), elle fait de son engagement artistique une forme de combat éthique (d’où son pseudo) et, lesbienne, elle défend le féminisme et une conception progressiste de la société, en exerçant dans le cinéma, dans le théâtre, dans l’écriture (son très beau roman Toutes les vies, en 2025, raconte les dernières années passées auprès de sa compagne malade), et évidemment dans la musique (elle est à la fois artiste et productrice). Forte d’une solide expertise comme DJ (dans l’esprit underground berlinois), elle présente la particularité de ne pas créer en son nom, mais au sein de trois groupes différents, et de chanter dans différentes langues (français, allemand et anglais). Sexy sushi, le premier groupe fondé en 2001 avec Mitch Silver, est en pause depuis un bon moment maintenant, mais les deux autres sont plus actifs.
Mansfield.TYA a été créé avec la violoniste Carla Pallone entre 2002 et 2022, et cette collaboration originale a élaboré les conditions d’une créativité, selon laquelle produire des disques représente un risque, une aventure ou une odyssée, au sein de laquelle elles invitent d’autres artistes à les rejoindre. 5 albums ont ainsi vu le jour et elles disent du dernier, Monument ordinaire (2021), qu’elles l’ont conçu comme une « mélancolie heureuse ». Comme elles l’expliquent dans les Inrocks de février 2021, « on a la chance d’être nulle part, ni dans la chanson française, ni dans l’électro, ni dans la musique expérimentale. Par conséquent, on ne pense qu’à notre unique plaisir », ce qui constitue un beau postulat programmatique. Je les ai vues sur scène à Bruxelles et le concert restitue vraiment l’énergie contenu dans les albums.
« Une danse de mauvais goût » (2021) : magnifique chanson d’amour (« C’est le silence qui résonne / Tes silences, je les veux / Ici et dans ma tombe ») où apparaît la voix d’un des gars d’Odezenne (groupe que j’adore) qui vient complexifier l’ensemble dans sa polyphonie.

