Si on vous dit qu’on vient de passer un week-end à Rome, à qui pensez-vous ?
Il y a de grandes chances que votre attention se porte sur Etienne Daho, dandy élégant et très sympathique, originaire de Rennes, qui a traversé le temps depuis les années 80, accompagné au fil de sa carrière par une multitude d’arrangeurs et d’artistes intéressants, voguant de façon récurrente dans les espaces géographiques et esthétiques, de Londres à Paris, et jusqu’à atterrir ces derniers temps à Saint-Malo. Enfant écorché vif de son enfance en Algérie et du trauma lié à son père, il est un artiste majeur de la scène française actuelle, à la voix si particulière, toujours dans le souci de se renouveler et d’avancer, dans une forme de résilience musicale. Il représente cette pop à la française efficace, bien écrite et matinée d’électro qui l’ancre à la fois dans les années 80 et dans la modernité. Artiste ouvert à beaucoup d’influences, il a su construire une sorte de réseau esthétique et émotionnel où lévitent entre autres Serge Gainsbourg, Elie et Jacno, Vanessa Paradis, Dominique A, Jane Moreau ou Jane Birkin (dont il a produit le dernier album). C’est admirable aussi de constater la délicatesse qu’il a de rendre hommage à tous ces gens, à travers ses influences musicales mais aussi dans de beaux textes (par exemple publiés dans les Inrocks) ou dans ses interludes sur scène. Je l’ai vu en concert en 2023 et, pour faire simple : la perfection ! Performance impressionnante (voix intacte, déhanché si particulier), qui articule idéalement des textes ciselés, des instruments diversifiés (batterie, guitares, synthétiseurs et cordes – violons en particulier, avec des musiciens vraiment bons), un jeu de lumières excellent et un visuel scénique
incroyable, avec une esthétique souvent années 70 mais ancrée dans la modernité. Ces concerts permettent vraiment de réaliser combien l’oeuvre d’Etienne Daho contient des morceaux de très haut niveau.
« Et si je m’en vais avant toi » (1972/1984) : la version de 72 de Françoise Hardy est réorchestrée en 84 par Daho pour un duo qui marque la chanson française. Tube !

