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Les chansons de Ludovic - Etienne Daho

(Re)découvrez l'originalité de la chanson française et francophone !

Ludovic Gourvennec est professeur de français langue maternelle, seconde et étrangère, formateur et conseiller pédagogique. Titulaire d’une thèse de doctorat consacrée à l’utilisation de la chanson en classe et publiée chez Hachette (Paroles et musiques, le français par la chanson), il adore cette chanson d’hier et d’aujourd’hui, en parler, en jouer, la faire vivre en classe, la faire découvrir dans le monde, cette chanson diverse qu’on écoute, qu’on reprend, qu’on découvre et qu’on partage en héritage.

Ludovic Gourvennec

Si on vous dit qu’on vient de passer un week-end à Rome, à qui pensez-vous ?


Il y a de grandes chances que votre attention se porte sur Etienne Daho, dandy élégant et très sympathique, originaire de Rennes, qui a traversé le temps depuis les années 80, accompagné au fil de sa carrière par une multitude d’arrangeurs et d’artistes intéressants, voguant de façon récurrente dans les espaces géographiques et esthétiques, de Londres à Paris, et jusqu’à atterrir ces derniers temps à Saint-Malo. Enfant écorché vif de son enfance en Algérie et du trauma lié à son père, il est un artiste majeur de la scène française actuelle, à la voix si particulière, toujours dans le souci de se renouveler et d’avancer, dans une forme de résilience musicale. Il représente cette pop à la française efficace, bien écrite et matinée d’électro qui l’ancre à la fois dans les années 80 et dans la modernité. Artiste ouvert à beaucoup d’influences, il a su construire une sorte de réseau esthétique et émotionnel où lévitent entre autres Serge Gainsbourg, Elie et Jacno, Vanessa Paradis, Dominique A, Jane Moreau ou Jane Birkin (dont il a produit le dernier album). C’est admirable aussi de constater la délicatesse qu’il a de rendre hommage à tous ces gens, à travers ses influences musicales mais aussi dans de beaux textes (par exemple publiés dans les Inrocks) ou dans ses interludes sur scène. Je l’ai vu en concert en 2023 et, pour faire simple : la perfection ! Performance impressionnante (voix intacte, déhanché si particulier), qui articule idéalement des textes ciselés, des instruments diversifiés (batterie, guitares, synthétiseurs et cordes – violons en particulier, avec des musiciens vraiment bons), un jeu de lumières excellent et un visuel scénique
incroyable, avec une esthétique souvent années 70 mais ancrée dans la modernité. Ces concerts permettent vraiment de réaliser combien l’oeuvre d’Etienne Daho contient des morceaux de très haut niveau.


« Et si je m’en vais avant toi » (1972/1984) : la version de 72 de Françoise Hardy est réorchestrée en 84 par Daho pour un duo qui marque la chanson française. Tube !

« Tombé pour la France » (1985) : clip (réalisé par Jean-Pierre Jeunet) aujourd’hui kitschissime (ça passait pour le top à l’époque) mais ça fait du bien de revoir tout ça. Bon, c’est vrai que les tenues des années 80 sont horribles mais on se dit qu’on a réussi à les subir et à s’en sortir quand même.

« Bleu comme toi » (1988) : « La terre est bleue comme une orange » d’Eluard inspire peut-être « Le monde est bleu comme toi », pop bien ancrée dans ces années de création, avec, là aussi, les fringues qui vont avec. « Et mon humeur est down down down ».

« Le premier jour (du reste de ta vie) » (2001) : Clip en total décalage avec le discours de la chanson, l’envie d’être authentique, de ne pas être dans la surenchère permanente, oser s’assumer, marquer un nouveau départ dans son existence en dépit des difficultés (« Du berceau à la tombe, c’est dur pour tout le monde »).

« Comme un boomerang » (2001) : magnifique chanson (de Serge Gainsbourg) avec la chanteuse Dany, à la voix rauque (décédée en 2022).

« Sur mon cou » (2010) : chanson traitant de la peine de mort et tirée d’une oeuvre de Jean Genet (Le condamné à mort, 1942), que Daho a montée en 2010 en collaboration avec Jeanne Moreau (mais que Marc Ogeret ou Hélène Martin ont interprétée aussi dans les années 70). Magnifique

« La peau dure » (2013) : Tirée de son sublime album Les chansons de l’innocence retrouvée, voici une belle chanson de l’évocation douloureuse de son enfance et du partage de la souffrance, l’empathie poétisée, le tout organisé uniquement avec des rimes en « ure ». Incroyable ! Très beau clip également.

« Tirer la nuit sur les étoiles » (2023) : sur l’album éponyme, cette belle chanson et ce beau clip avec Vanessa Paradis.

« Boyfriend » (2023) : chanson d’une relation nouvelle qui dope l’avenir, texte au futur.

« Le phare » (2023) : chanson sur l’émerveillement d’une rencontre qui donne des repères et dont on ne sait pas à quoi elle tient : « Quelle est la part de chance, du divin, et la part du hasard, de l’instinct qui sort les voiles de nos destins ? »