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Les chansons de Ludovic - Renaud

(Re)découvrez l'originalité de la chanson française et francophone !

Ludovic Gourvennec est professeur de français langue maternelle, seconde et étrangère, formateur et conseiller pédagogique. Titulaire d’une thèse de doctorat consacrée à l’utilisation de la chanson en classe et publiée chez Hachette (Paroles et musiques, le français par la chanson), il adore cette chanson d’hier et d’aujourd’hui, en parler, en jouer, la faire vivre en classe, la faire découvrir dans le monde, cette chanson diverse qu’on écoute, qu’on reprend, qu’on découvre et qu’on partage en héritage.

Ludovic Gourvennec

Renaud, qui a 74 ans en 2026, est une figure emblématique de la chanson française qu’il a vraiment marquée depuis les années 70. A l’instar d’un artiste comme Jean Ferrat, inscrit à la lisière des combats politiques et des chansons d’amour, il a incarné une forme de création profondément ancrée socio-culturellement, avec un engagement initial sans concession qui s’est heurté à la réalité géopolitique (lui l’anarchiste aux sympathies communistes, un voyage plein de désillusions en Russie en 1985 l’a profondément marqué, ainsi qu’à Cuba en 1997). Il faut retenir de Renaud, dans l’abondance sidérante de ses compositions, l’alliance d’une approche savamment humoristique (souvent faite de jeux de mots) et d’une plume stylistique magnifique (héritée probablement de son admiration profonde pour Brassens). Son œuvre peut se décliner en grands axes : chanson sociale (« Les aventures de Gérard Lambert », « Deuxième génération », « La tire à Dédé », « Adieu minette », « P’tite conne », « La blanche », « Les bobos »…), chanson engagée (« Société tu m’auras pas », « Où c’est qu’j’ai mis mon flingue », « Dans mon HLM », « Hexagone », « Miss Maggie », « La médaille », « 500 connards sur la ligne de départ », « Camarade bourgeois », « Etudiant poils aux dents », …), chanson d’amour filial ou autre (« Morgane de toi » ou « Malone » pour ses enfants, « Ma gonzesse », « En cloque », « Mistral gagnant », « Manu », « Putain de camion » en hommage à Coluche), langue miroir de la société, avec notamment l’inclusion du verlan (« Laisse béton », « Dès que le vent soufflera », « Marche à l’ombre »), humour décalé ou vachard (« J’ai raté Télé-foot », « Etudiant poils aux dents », « It is not because you are », « Ma chanson leur a pas plu »), virtuosité à la Boby Lapointe (« Tu vas au bal ? »), diction gouailleuse et accent parigot du poulbot dont il a joué avec l’image, distanciation lucide sur sa personnalité et ses faiblesses (« Docteur Renaud, Mister Renard », « Mon bistrot préféré »)… C’est vraiment un artiste majeur dont plusieurs tubes resteront à jamais emblématiques, comme, déjà cités, « Mistral gagnant », « Dès que le vent soufflera » ou « Manhattan Kaboul », par exemple. 

Renaud, en plus de créer abondamment, a également réalisé des albums de reprises, célébrant ainsi des artistes qu’il adorait (Brassens, Françoise Hardy, Moustaki…) ou des chansons de milieux populaires (le nord de la France après avoir joué dans le film « Germinal »).

Mais les artistes sont aussi des individus, avec leurs failles, et Renaud semble en avoir de sérieuses, ayant généré durant de nombreuses années des excès nombreux, des addictions diverses (tabac, alcool…) et de nombreuses phases de dépression (ou de paranoïa profonde), qui ont eu un impact majeur sur sa voix (et sans doute aussi sur sa capacité à renouveler sa création). Cette voix ayant subi une altération vraiment importante, les albums publiés ces dernières années crissaient un peu/beaucoup dans les oreilles (plus durement que les cigales du sud où il réside désormais – près d’Avignon). C’est d’ailleurs une impression étrange d’auditeur d’appréhender ainsi des voix qui changent (je pense aussi à celle de Barbara dans la dernière partie de son existence). Si on ajoute une certaine absence de discernement ou de recul, on tombe sur le pitoyable « Corona song » (2020).

Mais Renaud a encore de l’énergie, et il continue de sortir des albums (notamment un de reprises, dans lequel il célèbre de grands artistes et/ou de grands morceaux du répertoire français, avec une production absolument parfaite) et de se produire sur scène (il a fêté ses 50 ans de carrière avec 3 zéniths et plein d’invités en mai 2026).   

« Hexagone » (1975) : reprise par Indochine il y a quelque temps, c’est la chanson engagée par excellence, de la contestation de gauche des années de droite (1970), selon un angle antipatriotique qui a pu être reprochée à Renaud. 

« Manu » (1981) : la belle chanson de la belle amitié où on ne laisse pas tomber un ami qui souffre. Magnifique mélodie à l’accordéon qui semble accompagner la plainte.

« Dès que le vent soufflera » (1983) : chanson correspondant aux envies maritimes de Renaud et de découverte de paysages lointains. Il a su, avec cette chanson, insuffler l’envie d’aller voir ailleurs chez beaucoup de gens.

« C’est quand qu’on va où » (1994) : piano-voix pour cette chanson implacable sur un certain nombre d’absurdités de l’instruction et de l’éducation nationale, dotée de certains constats recevables mais d’autres qu’on peut aussi, en tant qu’enseignant, trouver excessifs.

« Je suis un voyou » (1996) : géniale reconstitution d’un duo qui dit l’héritage sublime de Renaud pour Brassens, l’un des plus grands poètes de la chanson française, la thématique du voyou voulant probablement signifier le refus des conventions. N’est pas voyou qui veut ! Le clip magnifique est inspiré d’un film de René Clair.

« Manhattan Kaboul » (2002) : cette chanson en duo avec Axel Red est probablement le tube emblématique de Renaud qui revient sur le choc du 11 septembre 2021 et la forme d’absurdité qu’il peut induire.

« J’ai embrassé un flic » (2016) : dans cette chanson écrite juste après les hommages rendus aux attentats contre Charlie Hebdo, Renaud célèbre ceux que lui l’anarchiste a passé sa vie à combattre et critiquer, les forces de l’ordre (cette chanson a pu passer, pour certains, pour un reniement de ses anciennes convictions).

« Si tu me payes un verre » (2022) : cette chanson de Serge Reggiani (1975), reprise sur l’album Métèque, ici dans le clip avec son ami Jean-Paul Rouve, atteste à la fois de sa foi amicale et de la détérioration de sa voix.