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Les chansons de Ludovic - Noé Preszow

(Re)découvrez l'originalité de la chanson française et francophone !

Ludovic Gourvennec est professeur de français langue maternelle, seconde et étrangère, formateur et conseiller pédagogique. Titulaire d’une thèse de doctorat consacrée à l’utilisation de la chanson en classe et publiée chez Hachette (Paroles et musiques, le français par la chanson), il adore cette chanson d’hier et d’aujourd’hui, en parler, en jouer, la faire vivre en classe, la faire découvrir dans le monde, cette chanson diverse qu’on écoute, qu’on reprend, qu’on découvre et qu’on partage en héritage.

Ludovic Gourvennec

Noé Preszow est un chanteur belge vraiment talentueux, discret mais efficace, qui s’inscrit dans une veine assez traditionnelle de la chanson francophone à textes, mais en apportant son petit grain de sel vivifiant. Il semble avoir un don délicat pour prendre le pouls de la société et c’est intéressant (toujours être à l’écoute de la jeunesse d’une nation, c’est la règle de base). Hors d’un circuit bling-bling convenu, il cultive un côté classique, presque normal dans son apparence, mais diablement percutant dans son style musical : mélodies très séduisantes, souvent aux orchestrations rock, et textes qui apparaissent un peu comme un baromètre fiable (et assez pessimiste, autant le dire) de l’état d’esprit de la jeunesse d’aujourd’hui et de celui du monde (Gaza, le conflit israélo-palestinien, Iran…). Jeunesse un peu désabusée sur le contexte géopolitique, désorientée, parfois démoralisée, mais également lucide et prête à en découdre et à changer les choses. Les paroles sont très poétiques, entre densité et légèreté, signe que Noé a beaucoup à dire, et à le dire bien, un peu comme un rap qui draguerait la chanson et la guitare. Nommé en 2021 aux Victoires de la Musique (révélation), artiste produit par l’excellent label Tôt Ou Tard, il étend depuis le champ de sa création et de ses collaborations (je l’ai ainsi vu en 2025 à Bruxelles avec Cali). Voici quelques chansons phares. 

« A nous » (2020) : morceau très mélodique, fondamentalement anaphorique, et super bien écrit (avec un clip multi-voix très interactif) dans lequel il interroge la conscience des citoyens ordinaires, forts de leurs imperfections, dans leur rapport au mode de vie occidental et à la consommation d’aujourd’hui. Et cela, selon une dialectique qui regarde ici (il faut changer les choses au niveau local) et là-bas (le « à vous » final, qui envisage la problématique de la migration à une échelle plus globale). Donc avec une conscience citoyenne universelle. De ce fait, la transmission des voix dans le clip, comme dans un relais, est très belle et signifiante. 

« Que tout s’danse » (2020) : il interroge ici à nouveau les relations sociales, le degré de gravité à l’aune duquel il faut mesurer les maux sociaux, le niveau jusqu’auquel on peut aller pour supporter les injustices, mais aussi la fonction de la musique et de la chanson pour dire les relations entre les personnes et les problèmes de la société. Comment trouver de la légèreté dans cette époque déprimante ? « Tu m’dis que tout s’danse, même la honte, qui monte qui monte, même l’absence ». 

« Cette route-là » (2021) : belle chanson rythmée qui aborde la dialectique des décisions qui régissent nos vies, entre le choix intime et le déterminisme social ou psychologique (« une confiance à retrouver »).

« L’intime et le monde » (2023) : magnifique chanson, fondée sur le principe de l’énumération, et qui cherche à définir quelle serait la chanson idéale pour exprimer l’indignation, qui aborde les angoisses individuelles liées aux dysfonctionnements géopolitiques, ou comment on peut faire pour continuer à espérer dans ce monde anxiogène, comment la conscience du citoyen peut composer avec les enjeux planétaires. Le refrain est absolument génial, qui articule subtilement l’individu, son texte et son contexte (« l’énigme profonde / l’intime et le monde »), avec un chœur vocal expressif. 

« Comment fais-tu pour vivre » (2024) : live acoustique dans les loges de Taratata.

« Aux enfants de demain » (2025) : guitare-voix pour cette chanson très politique au texte à la fois mélancolique et percutant, qui interroge sur l’action à mener aujourd’hui pour être crédible demain, et en particulier dans l’engagement pour des causes fortes (ici, la destruction de la bande de Gaza).

« Nos années 20 » (2025) : à nouveau une chanson qui articule l’intime et le contexte, avec un titre magnifique qui replace les problématiques d’aujourd’hui dans la lueur de l’expression (les années 20) du siècle précédent.