NEWSLETTER

Les chansons de Ludovic - Bertrand Belin

(Re)découvrez l'originalité de la chanson française et francophone !

Ludovic Gourvennec est professeur de français langue maternelle, seconde et étrangère, formateur et conseiller pédagogique. Titulaire d’une thèse de doctorat consacrée à l’utilisation de la chanson en classe et publiée chez Hachette (Paroles et musiques, le français par la chanson), il adore cette chanson d’hier et d’aujourd’hui, en parler, en jouer, la faire vivre en classe, la faire découvrir dans le monde, cette chanson diverse qu’on écoute, qu’on reprend, qu’on découvre et qu’on partage en héritage.

Ludovic Gourvennec

Bertrand Belin est un artiste breton un peu à part dans la chanson française, sorte de dandy passionné par les mots, les formules, les recherches littéraires (qui peuvent rappeler l’esprit baudelairien), et qu’on pourrait aussi situer comme héritier des préceptes surréalistes. Les textes des chansons font souvent davantage appel aux sentiments qu’à la raison, au ressenti poétique qu’aux arguments. Jonglant avec les mots comme avec des jouets, utilisant l’énonciation dans les textes comme un moyen de nous égarer, jouant avec les sons comme avec des rythmes languissants qui nous captent, avec les instruments comme avec des baguettes magiques envoûtantes, Bertrand Belin nous emporte, de sa voix assez grave et de sa diction très particulière (qui évoque indéniablement Bashung), dans un espace singulier, où l’ensemble crée un univers musical enivrant et vraiment atypique (qui penche un peu aussi du côté de ceux de Jean-Louis Murat ou de Rodolphe Burger). On est parfois aussi un peu dans l’esprit de Philippe Katerine mais dans un style différent. 

Après des expériences au sein de groupes, il se lance en solo en 2005 : auteur-compositeur-interprète, il défend alors un univers personnel, parfois âpre, mais sait aussi s’ouvrir sur des collaborations qui s’avèrent toujours intéressantes (notamment le projet Imbécile d’Olivier Libaux que j’ai pu voir en 2008). Producteur régulier d’albums réussis (dont Hypernuit en 2010, Persona en 2019 ou Tambour vision en 2022), il écrit également des romans et côtoie l’univers cinématographique (en étant acteur). J’ai eu l’occasion de le revoir sur scène à Saint-Malo et à Saint-Brieuc en 2026, et ces concerts étaient vraiment réussis, avec des musiciens brillants et une volonté de créer cet univers poétique spécifique.

« Hypernuit » (2010) : sur l’album éponyme figure cette chanson au titre énigmatique et au texte assez romanesque, presque comme dans un western moderne, avec un beau clip. 

« Le mot juste » (2016) : voilà une belle collaboration avec Camélia Jordana dans une chanson sur l’adieu, la séparation et l’art de bien l’accomplir.

« Choses nouvelles » (2019) : ce clip étrange tourné à Paris avec des images animées en incrustation caractérise bien l’univers surréaliste qui définit fréquemment les textes et les clips de Bertrand Belin.

« Pour moi la vie va commencer » (2022) : une belle reprise d’un standard de Johnny Hallyday (1963, paroles de Jean-Jacques Debout). C’est vraiment épuré et magnifique !

« Que dalle Tout » (2022) : extrait de l’album Tambour vision (avec une belle pochette inspirée du film « Vertigo » d’Alfred Hitchcock), dans lequel, selon les Inrocks de mai 2022, « on a là à faire à un style qui boucle sur lui-même, non pas en cercle fermé, mais bien plutôt en spirale, comme une foreuse à la tête aiguisée qui viendrait creuser dans la matière ». Le clip semble effectivement s’inspirer de l’univers d’Hitchcock, dans les formes, les couleurs, les fausses pistes…

« Marguerite » (2022) : morceau étonnant, dont les arrangements semblent directement inspirés du mythique « The ballad of Lucy Jordan » (1979) de Marianne Faithfull.

« Pluie de data » (2025) : sur l’album Watt (comme les watts qui mesurent le son ou comme what ! l’interjection anglaise) Bertrand Belin modifie à nouveau son approche artistique (« je voulais expérimenter un retour en grâce des instruments interprétés par le corps humain, pour retrouver un lyrisme qui avait un peu disparu de mes derniers disques. Être moins théorique, non pasteurisé, plus analogique » explique-t-il dans les Inrockuptibles). Mais l’influence de Bashung n’est jamais très loin.

« Oiseau » (2022) : voici une chanson absolument géniale composée avec Laurent Bardainne et qui correspond absolument à Bertrand Belin qui l’interprète (et la reprend d’ailleurs pertinemment en concert). Dans cet esprit surréaliste, on assiste à la complainte tragique d’un énonciateur qui voudrait être un oiseau, et les rythmiques lancinantes rappellent les univers psychédéliques des années 70.