Bertrand Belin est un artiste breton un peu à part dans la chanson française, sorte de dandy passionné par les mots, les formules, les recherches littéraires (qui peuvent rappeler l’esprit baudelairien), et qu’on pourrait aussi situer comme héritier des préceptes surréalistes. Les textes des chansons font souvent davantage appel aux sentiments qu’à la raison, au ressenti poétique qu’aux arguments. Jonglant avec les mots comme avec des jouets, utilisant l’énonciation dans les textes comme un moyen de nous égarer, jouant avec les sons comme avec des rythmes languissants qui nous captent, avec les instruments comme avec des baguettes magiques envoûtantes, Bertrand Belin nous emporte, de sa voix assez grave et de sa diction très particulière (qui évoque indéniablement Bashung), dans un espace singulier, où l’ensemble crée un univers musical enivrant et vraiment atypique (qui penche un peu aussi du côté de ceux de Jean-Louis Murat ou de Rodolphe Burger). On est parfois aussi un peu dans l’esprit de Philippe Katerine mais dans un style différent.
Après des expériences au sein de groupes, il se lance en solo en 2005 : auteur-compositeur-interprète, il défend alors un univers personnel, parfois âpre, mais sait aussi s’ouvrir sur des collaborations qui s’avèrent toujours intéressantes (notamment le projet Imbécile d’Olivier Libaux que j’ai pu voir en 2008). Producteur régulier d’albums réussis (dont Hypernuit en 2010, Persona en 2019 ou Tambour vision en 2022), il écrit également des romans et côtoie l’univers cinématographique (en étant acteur). J’ai eu l’occasion de le revoir sur scène à Saint-Malo et à Saint-Brieuc en 2026, et ces concerts étaient vraiment réussis, avec des musiciens brillants et une volonté de créer cet univers poétique spécifique.
« Hypernuit » (2010) : sur l’album éponyme figure cette chanson au titre énigmatique et au texte assez romanesque, presque comme dans un western moderne, avec un beau clip.

