"Inclure : Français langue de scolarisation et élèves allophones"

"Inclure : français de scolarisation et élèves allophones" est un ouvrage qui s’intéresse à l’enseignement du français comme langue de scolarisation, pour un public de jeunes allophones récemment arrivés en France et scolarisés. Qu’est-ce qui a changé depuis la parution du livre en janvier 2015 ? Peu dans la forme et beaucoup dans la substance…
Guy Cherqui, Fabrice Peutot
Auteurs de la collection F
Posté le 16 Juin 2021

De nouvelles obligations scolaires mais un cadre réglementaire ancien

De nombreux textes règlementaires ont été produits, avec des conséquences importantes pour le français de scolarisation. En 2019, la loi pour une école de la confiance instaure l’obligation de formation des 16-18 ans et l’obligation d’instruction avancé à 3 ans, contre 6 ans auparavant. Ces nouvelles ambitions obligent l’école à revoir sa politique envers les élèves allophones, notamment les plus âgés, alors que le cadre réglementaire spécifique se réfère encore aux circulaires de 2012 présentées dans le livre puisqu’aucun texte concernant ce dossier n’a été publié depuis maintenant 9 ans.

 

Une évolution du profil d’élèves

Leur nombre a été multiplié par 1,5, leur profil s’est modifié, les crises du Sahel et du Moyen-Orient provoquant des départs de populations plus en plus jeunes, et donc l’arrivée importante de mineurs non accompagnés en provenance notamment de Côte d’Ivoire, du Mali, de Guinée. Confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) à leur arrivée, ces jeunes doivent dans l’urgence trouver une qualification professionnelle, principale garantie pour un accès au séjour régulier à leur 18ème anniversaire. Nombre d’entre eux ne sont ni francophones ni scolarisés antérieurement. Les professeurs de français des unités pédagogiques des établissements scolaires doivent donc leur enseigner la langue française mais aussi la lecture voire l’écriture, dans un contexte d’apprentissage professionnel. A la croisée donc du FLES, du FLSco et du FOS/Français à visée professionnelle. Ce qui suppose aussi une évolution des profils d’enseignants ou des pratiques enseignantes.

 

Des discours parfois contradictoires

L’inclusion, principe mis en exergue dans le livre, dans la ligne des préconisations européennes doit être continuellement invoquée à propos de ces publics, parce qu’au plan national, les discours officiels hésitent à « inclure » systématiquement les élèves allophones dans les perspectives d’une « école inclusive », visant les seuls élèves relevant d’un handicap ou d’un trouble des apprentissages. Les enjeux de l’école de cette troisième décennie du 21ème siècle résident toujours dans sa capacité à réussir le virage de l’inclusion de tous les élèves, quels que soient les obstacles. L’école inclusive concerne tous et chacun : c’est le principe de base.

 

 

Ecole inclusive, inclusion, élèves à besoins particuliers…

La question soulevée en 2015 dans le livre est donc toujours d’actualité. De qui et/ou de quoi parle-t-on ? Faut-il se centrer sur des problématiques liées à l’apprentissage de la langue française en contexte scolaire suite à la migration, et considérer l’action conduite comme une question pédagogique ? Ou faut-il catégoriser les publics et en faire une réponse prioritairement institutionnelle, d’organisation plus que d’enseignement ? Ces réflexions traversent le livre et sont d’une acuité toujours prégnante six ans après la parution du livre et sans texte réglementaire actualisé au niveau national.

 

 

Le FLSco, véritable laboratoire de la différenciation

L’école progresse ainsi, se nourrissant des réflexions auxquelles des faits de société l’exposent. Si l’inclusion en tant que principe est une orientation des systèmes éducatifs en réponse à une forme de globalisation (en Europe, un projet politique et la construction d’une zone de libre circulation des personnes), l’accueil dans les classes ordinaires et l’enjeu de réussite scolaire obligent à repenser la prise en charge d’élèves aux littératies à géométrie variable aussi bien à cause des niveaux scolaires à l’arrivée que des projets professionnels individualisés de chacun. Cette nouvelle donne avec les élèves âgés en provenance d’Afrique notamment (et toujours plus d’élèves non scolarisés antérieurement) accentue la réflexion autour de la différentiation, centrée sur les besoins effectifs des élèves et non sur les demandes d’un système d’enseignement commun uniforme. Une réflexion qui devrait permettre d’engager toute la communauté scolaire sur la voie de l’amélioration. Le FLSco est au cœur de cette exigence, comme en témoignent les nombreux travaux du Conseil de l’Europe sur les langues de scolarisation.

 

 

Tout professeur est professeur de langue

Parce qu’il n’est pas de savoir qui ne se dise ou ne s’écrive, tout enseignant, quelle que soit la discipline scolaire enseignée, est professeur de langue. Il faut encore et toujours le rappeler ! Et c’est l’un des enjeux du livre. Toute discipline a ses propres langages, variétés de langue et genres de discours spécifiques, mais puise dans la langue commune de communication scolaire. L’enseignant de français en priorité, et plus généralement tous les enseignants, trouveront des réponses adaptées à leur contexte d’enseignement aux élèves allophones.

 

 

Vers une approche intégrée du plurilinguisme à l’échelle des établissements

Trop longtemps l’apanage des seuls enseignants de FLSco et des enseignants de maternelle, la prise en compte du plurilinguisme des élèves allophones, nés en France ou arrivants, est devenue le projet de quelques établissements. Des travaux initiaux sur l’éveil aux langues et la simple reconnaissance des compétences déjà acquises, la réflexion s’oriente aujourd’hui davantage sur la mise en place d’une véritable stratégie pour une intégration forte des langues à l’échelle de l’établissement. Mais ça n’est pas toujours compris, dans un système malgré tout structuré par des disciplines imperméables entre elles.

 

Pour conclure…

Vous l’aurez compris, le livre est toujours d’actualité, tant pour ses propositions didactiques que pour la réflexion qu’il propose aux systèmes éducatifs aujourd’hui. Les classes d’élèves allophones sont des laboratoires de la différentiation et de la réussite scolaires. L’enjeu actuel, au sortir de la pandémie et à l’aune de la réouverture des frontières sera d’être en capacité d’accueillir et scolariser tous les élèves allophones arrivants. Et ils seront nombreux. A suivre….

Pour aller plus loin :

Dans la même collection, lire Enseigner le français aux adultes migrants de Hervé Adami.

Produits par le Centre européen des langues vivantes (CELV) du Conseil de l'Europe, prendre connaissance du projet EOL, "Des environnements d'apprentissage optimités pour et par les langues vivantes" qui vise à placer les langues au coeur des enjeux éducatifs ; et la feuille de route pour les établissements scolaires pour mettre en place une stratégie de développement des compétences langagières : 

 

Guy Cherqui, Fabrice Peutot