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Les chansons de Ludovic - Alain Souchon

(Re)découvrez l'originalité de la chanson française et francophone !

Ludovic Gourvennec

Ludovic Gourvennec est professeur de français langue maternelle, seconde et étrangère, formateur et conseiller pédagogique. Titulaire d’une thèse de doctorat consacrée à l’utilisation de la chanson en classe et publiée chez Hachette (Paroles et musiques, le français par la chanson), il adore cette chanson d’hier et d’aujourd’hui, en parler, en jouer, la faire vivre en classe, la faire découvrir dans le monde, cette chanson diverse qu’on écoute, qu’on reprend, qu’on découvre et qu’on partage en héritage.

Ludovic Gourvennec

Quand Alain Souchon débarque sur la scène francophone dans les années 70, en compagnie de Laurent Voulzy, de Maxime Le Forestier, de Véronique Sanson, de Michel Jonasz, de Francis Cabrel, et tant d’autres, une sorte d’élan salvateur s’opère dans la créativité un peu en berne de l’époque, et l’on voit ainsi surgir, après les Brel, Barbara, Ferré, Brassens and C° des années précédentes, cette « nouvelle chanson française ». Et Souchon, à sa ma manière si singulière, va imposer sa marque nouvelle, entre pop et rock, guitare acoustique cool et textes percutants, avec son air inoffensif de ne pas y toucher, sympa, contrastant avec ses textes mordants, et ses mélodies efficaces. Un très grand artiste de la chanson française advient.

C’est le début de succès devenus tubes géniaux (la plupart composés avec la complicité de son talentueux pote Laurent Voulzy), aux multiples ramifications : on peut citer la très immature « J’ai dix ans » (1974), la très (pseudo) auto-négative « Bidon » (1976), la très animale « Poulailler’s song » (1977), la très psychanalytique « Allo maman bobo » (1978), la très bretonne « Le bagad de Lann Bihouë » (1979), la très narrative « La ballade de Jim » (1986), la très sociale « Foule sentimentale » (1993 - avec ce fantastique et intemporel « On nous prend faut pas déconner dès qu’on est nés pour des cons alors qu’on est – des foules sentimentales ») ou l’implacable « L’amour à la machine » (1994).

Ensuite, il a vraiment réussi à se renouveler depuis le début des années 2000 en créant de nouvelles chansons, dont certaines montrent une créativité fertile mais surtout un grand auteur au style très particulier, au phrasé et à la syntaxe très scandés faits bien souvent de juxtapositions fulgurantes de groupes nominaux. Durant l’année 2025, il a entamé, avec ses deux fils Pierre Souchon et Ours, une série de concerts qui a connu un succès très important, cette sorte de passage de témoin artistique ayant beaucoup touché le public. Voici, dans toute cette œuvre si abondante, plusieurs morceaux choisis subjectivement.

« Le baiser » (2000) : la fulgurance d’une rencontre sans lendemain, moment improbable et sans doute idéal, et définitivement idéalisé. Une très belle chanson, comme une belle caresse. 

« La vie ne vaut ne rien » (2002) : difficile de faire mieux dans l’évidence philosophique de ce qu’est l’existence quand elle est belle et dans ce qu’est un hommage à l’être aimé quand sa beauté nous touche. Chanson parfaite ! 

« Rêveurs » (2008) : comme beaucoup d’autres, chanson éminemment politique, quoique légère, sur le changement de paradigme historique et sociologique, ce moment de basculement de l’idéal de mai 68 vers la réalité sournoise du capitalisme (« Et c’est le CAC qu’a commandé / C’est le CAC qu’a cadencé »). Belle rythmique. 

« Si en plus y a personne » (2005). Quand la chanson devient modestement un moyen de s’interroger sur la religion, ses enjeux ici et dans l’au-delà… surtout si les attendus théoriques ne mènent à rien. 

Voici une version après les attentats de 2015, qui résonne si efficacement.

« Presque » (2019) : extraite de l’album Âme fifties, belle chanson à la tonalité toujours mélancolique. 

« S’asseoir par terre » : cette chanson de 1976 est ici reprise avec ses deux fils. Ce morceau, selon moi, synthétise un peu son œuvre et sa démarche, faite de légèreté mélodique et de profondeur thématique, ici une forme de révolte imminente – finalement intemporelle.