Les chansons de Ludovic Gourvennec

 

Novembre - Semaine 2 : 

 

Au fil de toute la réflexion universitaire que j’ai menée naguère sur la chanson, j’ai été conduit à m’intéresser de près à l’intertextualité (ou transtextualité). Analysée à l’origine par des chercheurs comme M. Bakhtine, J. Kristeva ou R. Barthes, dans des études appliquées initialement à la littérature, l’intertextualité a été surtout codifiée par Gérard Genette. Il s’agit d’un concept très intéressant qui consiste, en gros, à définir dans une œuvre donnée, les traces ou occurrences d’autres œuvres, traces pouvant se manifester sous diverses formes (dont je vous épargne ici l’analyse pointue de Genette). 

Appliqué à la chanson, ce concept est intéressant et sans doute encore plus complexe, car, l’analyse de la trace inscrite dans le morceau ne doit pas concerner uniquement le texte, mais elle doit s’étendre également à la musique et à l’interprétation (la chanson étant un genre qu’on peut définir comme un système à trois dimensions). Ainsi, on peut identifier de l’intertextualité dans les paroles (des références historiques, des reprises littéraires d’autres romans, poèmes…, des clins d’œil à d’autres chansons, à des fables, etc. – le spectre est très large), mais elle peut aussi se déceler dans la musique (reprise d’une mélodie, utilisation de samples, etc.) et dans l’interprétation (l’originalité d’une voix, une prononciation particulière, l’imitation d’un accent, des « r » roulés…).

Pour l’illustrer, voici cette semaine un morceau assez récent de Gims (ex-Maître Gims) avec Soolking (chanteur franco-algérien). Je vous laisse découvrir, mais, d’entrée la mélodie réfère à une des plus grandes chanteuses françaises (Piaf – « La foule » (1958), artiste qui a aussi interprété la chanson « Monsieur et madame » 1954). Le texte renvoie ensuite directement au « Quand on arrive en ville » (1979) de la comédie musicale Starmania, chanson interprétée notamment par Daniel Balavoine et dans laquelle il est question de loubards qui débarquent et effraient la population. On peut également identifier dans la dernière partie la dolce vita (présente dans de nombreux morceaux, type Christophe), et enfin l’interprétation rattache aux ambiances rap/variété d’aujourd’hui (qu’incarne aussi bien Gims) ou aux dictions raï ou rap (ce qui donne à la chanson, avec les effets de micro, sa tonalité plus moderne et actuelle).

Après, quel est le message de la chanson, à vous de voir…
« Après-vous Madame » (2022) :

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